Science et Métaphysique sont sur un bateau...

Le progrès scientifique éclaire si bien la Nature que les problèmes que se posent les physiciens d'aujourd'hui relèvent d'avantage de la philosophie que de la simple mise en équation. Pour se départir des pesanteurs de l'époque, il faut quantifier les choses et mettre en perspective nos certitudes et nos biais. Par exemple sur la question du Temps, j'ai envie de citer les très controversés frères Bogdanov qui dans une émission de vulgarisation diffusée en juillet sur France Télévision tenaient les propos suivants :
-Si l'on voulait compter jusqu'à un milliard en prononçant tous les chiffres, il faudrait près de huit décennies, nuit et jour...
-Si le Big Bang avait eu lieu il y a un an, Homo Sapiens n'existerai que depuis 4 secondes et Christophe Colomb aurai découvert l'Amérique il y a tout juste une seconde...
-Si une civilisation extraterrestre nous observait au moment où vous lisez ces lignes, elle verrait la planète Terre au quatorzième siècle soit au Bas Moyen Age...
-Si le soleil s'éteignait à l'instant même, nous verrions encore la lumière pendant huit interminables secondes...
-Les prix Nobel Wilson & Penzias ont démontré que le bruit de fond de la déflagration du Big Bang est encore audible aujourd'hui (cf. signature fossile). Un de ses résidus étant une de nos vieilles connaissances : l'écran flocons de neige de la tv restée allumée...
-On sait aussi que la durée de vie théorique d'un proton (donc de la matière telle que nous la connaissons, j'imagine) est d'un milliard de milliard de milliard d'années. Avant ça, dans seulement un milliard d'années, la Terre dépassera la moitié de sa durée de vie, elle cessera donc progressivement sa vie d'étoile et de toute façon, elle entrera en collision avec la galaxie d'Andromède dans 3 milliards d'années. Il est des contrées où l'on s'empresserait d'ajouter joyeusement "ya pas l'feu au lac!" ;-)
Les problématiques philosophique et quantique sous-jacentes à l'idée de durée (cf. Bergson) sont réellement captivantes et illustrent bien l'écart magique qui existe entre notre expérience du monde et ce que l'on sait de sa constitution réelle. On nous abreuve de masse cachée de l'univers, de chat de Schrödinger, d'incertitude d'Heisenberg et par moments, l'Homme et la Science c'est un peu Alice au pays des merveilles...
Pour résumer : plus on s'éloigne dans l'espace, plus on recule dans le temps. Si l'on pousse simultanément l'ensemble des paramètres, cela revient à dire que la fin spatiale de l'univers (son bord) coïncide avec son commencement temporel (son origine). Et si ce n'est pas encore assez psychédélique à votre goût, songez que l'univers actuel n'est peut-être que la réalisation d'une probabilité unique parmi une infinité d'autres qui n'ont pas eu lieu.
A travers leurs thèses de doctorat, les Bogdanov expliquent que l'instanton gravitationnel singulier (i.e. point zéro de l'espace-temps) est moins physique que mathématique. C'est intéressant : on a pour habitude de s'interroger sur la nature de ce qui préexistait à l'univers, et il se pourrait que la réponse réside dans ce renversement-là. Avant la matière, le génome de l'univers physique était contenu dans un univers mathématique fait de formules et d'équations, autrement dit de quantités pures en interaction. Voilà qui donne à réfléchir.
Finalement, rien n'y fait : on passe notre vie à se demander une fois par an si demain sera l'Aïd ou pas, à s'extasier devant les mimiques humanoïdes de nos amies les bêtes (alors qu'il y a 99,4% d'ADN commun entre un humain et un chimpanzé)... Et on oublie la poésie, la relativité et tout ce qui nous rétrécit pour notre plus grand bien. Gardons simplement à l'esprit que la vie passe plus vite que des vacances d'été.
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