7 nov. 2004

Cupidon enduit ses flèches de phéromones

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Selon Lacan, aimer c'est "donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas". Autrement dit l'amour est une névrose d'une impolitesse notoire... Courons tous nous mettre à l'abri! En réalité, Cupidon enduit ses flèches de phéromones, de dopamine ou d'endorphine... Au travers du prisme de la biologie de notre espèce, c'est l'utilité reproductive qui nous fait tomber amoureux. La symétrie d'un visage est décryptée comme le signe d'un bon système immunitaire, par exemple. Au fond la beauté est le potentiel reproducteur qu'on prête à l'autre.

A mon avis mais c'est une pure intuition, l'amour monogame est une sorte d'effet secondaire de l'invention du monothéisme (elle-même indirectement suscitée par l'avènement de l'écriture). Mais bon, je ne peux pas le démontrer clairement. Il faut simplement garder à l'esprit que l'institution du mariage remonte à l'Antiquité, où l'espérance de vie moyenne était probablement autour de 25 ans, ce qui éclaire d'un nouveau jour le sempiternel "jusqu'à ce que la mort vous sépare"... Aujourd'hui, Beigbeder écrit "l'amour dure trois ans" et la monogamie bat de l'aile. La flexibilisation du marché du travail est passée par là et on ne compte plus les couples-CDD...

Plus encore, j'ai lu quelque part que lorsqu'on place des personnes amoureuses dans un scanner IRM et qu'on leur montre la photo de leur partenaire, on voit s'allumer simultanément quatre régions cérébrales, les mêmes zones qui réagissent à la prise de cocaïne (!). Voila pourquoi l'amour provoque extase, perte d'appétit, insomnie, hyperactivité (souvenez-vous d'Obélix inappétant et sonné depuis sa rencontre avec Falbala). Au même titre qu'on a besoin de télé, de nicotine, de jazz ou de pétrole saoudien, l'amour est une dépendance (presque) volontaire... et le cerveau (notre dealer préféré) a même prévu un programme de redescente en douceur :

Au dégel de la passion, les décharges de dopamines et d'endorphines diminuent et l'ocytocine entre en jeu. Le fait de dormir ensemble et de multiplier les contacts physiques libère cette hormone qui atténue les émotions négatives (ce satané Cupidon sait bien que ce qu'il fait est répréhensible). Et comme si cela ne suffisait pas, l'ocytocine diminue les risques d'anxiété, de dépression, de maladies cardio-vasculaires, de cancer... A âge égal, le taux de mortalité est plus faible chez les gens mariés que chez les célibataires... C'est pas déprimant ça? ;-)

3 commentaires:

Ardente a dit…

Sur la monogamie, il y a certainement quelques ouvrages d'ethnologie édifiants. Précisons que le m/patriarcat, la transmission héréditaire des biens familiaux, semblent mieux justifier que les religions cette coutume fondatrice.

OEF a dit…

Ce n'est pas faux. J'ajoute que la vraie obsession tragique de l'espèce humaine est la traçabilité (a). Homo Sapiens tient en horreur le métissage et la créolisation (b) et cela rend bien service aux notaires. Je pense (très indirectement) à Di Caprio dans Titanic qui - sur les quais de Southampton en 1912 - se fait copieusement traiter de "bastardo" (c).
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(a) Article précédent sur ce blog :
oef75.blogspot.com/2005/02/merci-maroc-telecom.html
(b) La créolisation, par Edouard Glissant :
diplomatie.gouv.fr/label_france/FRANCE/DOSSIER/2000/15creolisation.html
(c) "Enfant adultérin" sur Wikipedia :
fr.wikipedia.org/wiki/Enfant_adultérin

OEF a dit…

Lexique : Des mots pour le dire
-L’bghou = Substantif du verbe tanbghik (je t’aime) qui signifie "amour". Moins ringard que Houb; amour en arabe classique, souvent assimilé au romantisme des films égyptiens.
-Tanbghik = Je t’aime, tout simplement. Littéralement, cela veut dire : je te veux.
-Mazôut(a) = Avoir le béguin, être visiblement amoureux. Valable pour les deux sexes.
-Mashlout = Etourdi d’amour, à en perdre la tête.
-Tanmout âlik = Littéralement, je meurs d’amour pour toi.
-Tayeh(a) = Adaptation marocaine de l’expression mondiale "tomber amoureux" ou "fall in love". Sauf que chez nous, le verbe tomber (tayeh) se suffit à lui-même et n’a rien d’une image.
-Tantouw’ffa = Je décède en arabe classique. Je me meurs à petit feu.
-Tantstta âlik = Fou de toi.
-Hbiba = Chéri(e). S’utilise pour les deux sexes.
-Kbida = Mon petit foie, version marocaine de "mon petit cœur".
-Zaleg = S’utilise surtout pour les hommes. Le mot veut dire "glisser".
-Msherwet(a) = Déchiré(e) d’amour.
-Jmiyem, jmiyma = Diminutif de J’m (ami) et J’mma pour dire petit(e) ami(e).
-L’houbbino = Mon amour. Mot arabe "berbérisé". C'est à la mode.
-Wakel Sbrdila = Un homme amoureux, envoûté (littéralement : il a avalé une paire de baskets).

Le dialecte urbain s'est créé dans la rue, et donc par des hommes", rappelle la sociologue Soumaya Naâmane Guessous. Du coup, on dit je t'aime parce que c'est le seul référent dont on dispose (littérature, tv, cinéma). Pire encore, un je t'aime, même dans un français approximatif, sonne comme un "je me détache de ma culture pour t'aimer"...

Source : telquel-online.com/164/couverture_164_1.shtml