12 déc. 2004

Rhinotillexomania & compagnie

Example

Le rapport à l’hygiène est une chose intime et propre à chacun. Pourtant, à lire les spécialistes, il apparaît que nos efforts confinent souvent à l’obsession compulsive… Trop de propreté nuit à la santé. Par exemple, il est bon d’avoir un animal domestique chez soi car cela stimule nos défenses immunitaires. Mais la saleté n’est pas seulement un aiguillon stimulant pour nos défenses biologique. Pour des milliards de microbes, notre corps est une sorte d’écosystème accueillant : ils nous assistent dans la digestion des aliments et dans la défense des portes d’entrées (et sortie) de notre tube digestif.

C’est simple : l’illusion de contrôler absolument notre environnement immédiat, la conviction que notre corps est un temple qu’il convient d’honorer en aspergeant notre domicile de javelle… Tout ceci est dérisoire, voire contreproductif. Quand on songe que plus d’un milliard de personnes sur Terre ne possèdent pas de chaussures et que la moitié de la planète boit une eau saumâtre... Jusqu’au mois d’Août, la Cité des Sciences présente la «Crad’Expo». Au prétexte d’y emmener les enfants, on y apprend que :

-7 personnes sur 10 avouent s’adonner à la rhinotillexomania, nom scientifique du célébrissime curage de nez.
-Chacun de nous avale plus d'un litre de morve par jour (!), évitant ainsi que ce mucus, qui piège les saletés de l'air comme du papier à mouches, ne pénètre dans les poumon.
-La peau, organe pesant environ 3,2 kg chez l’adulte, est entièrement renouvelée tous les 28 jours.
-Une personne normalement constituée émet en moyenne 14 pets et 15 rots par jour (d'aucuns contestent vigoureusement ces statistiques).
-Initialement, la transpiration n’a pas d’odeur. Ce sont des bactéries (spécifiques aux aisselles, à la plante des pieds, à l'anus ou à la bouche) qui en se nourrissant de sueur émettent des flatulences certes inaudibles mais ô combien repérables.

Pour finir, j'ai à l'esprit des images vues sur l'émission No Comment d'Euronews : lors des inondations au Mozambique, une jeune femme accouchant dans un arbre, sans stérilisation ni assistance médicale. Tout porte à croire que notre paranoïa sanitaire est une grande farce... Allez savoir.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est toujours un plaisir de te lire et de te relire.
Je rentre sur ton blog plusieurs fois par jours pour faire ma pause du travail . Il y a certains de tes posts que j'ai lu plusieurs fois.
Bravo

Yasmina a dit…

Merci pour ce post,j'ai adoré le lire!

Vive le crade, la nature à son état brut, si ca peut éviter de réaliser la vision prophétique d'Aldous Huxley "Le meilleur des mondes"
où l'accouchement est remplacé par des fécondations à la chaine d'Alpha Beta Gamma dans des tubes dûment stérilisés!

OEF a dit…

Le sujet est fondamental ;-)
Par construction, ce qui est vivant sent mauvais et c'est cela même qui révulsait Sartre dans la scène du jardin public de La Nausée. D'autres ont préféré se rouler dedans comme William Burroughs à Tanger ou Jimi Hendrix mort étouffé par son vomi. Et pourtant! François Cavanna n'a pas tord d'écrire que «notre civilisation est une jeune et jolie fille, pomponnée et maquillée, assise sur un gros tas de merde». Pour plus de plaisir, voici quelques extraits traitant de la petite enfance dans l'approche freudienne :

Vers 18 mois et jusqu'à 3 ou 4 ans, l'enfant prend conscience de la défécation. Les activités principales sont l'expulsion caractérisée par le désordre, l'absence de ponctualité, le légalisme, la grossièreté et la rétention qui est caractérisée par l'avarice, la médiocrité ou encore par le retrait sur soi. La zone érogène est la muqueuse anorectale et, par extension, tout l'intérieur du corps. L'objet de la pulsion est le boudin fécal. C'est un objet d'échange car le but pulsionnel n'est pas seulement l'expulsion mais le jeu ambivalent d'expulser et de retenir. Cette expérience est fondamentale ; l’enfant est très intrigué par ces sensations et ce produit qui était lui, qui sort de lui, et qu'il peut offrir à sa mère. Au début du stade anal, l'enfant n'éprouve aucun dégoût pour ses excréments. Il joue avec, y met les mains et peut en souiller les murs. Ce plaisir pris à "retenir-évacuer" explique les longues et interminables séances de pot, si fréquentes à cet âge. L'entourage lui apprend que c'est sale, à jeter, ne pas toucher... L'investissement en matières fécales fait en sorte que le produit sera traité comme une valeur. En effet l'enfant arrive à la relation où aimer veut dire donner et retenir. Freud estime que c'est à cet âge qu'apparaissent les sentiments agressifs de l'enfant avec les notions de propriété privée, de pouvoir, de contrôle, de maîtrise et de possession. Toute possession d'objet est finalement assimilée à la possession la plus primitive : celle des matières fécales. La fixation au stade anal est à l'origine de deux styles de personnes :
- Ceux qui adoptent une saleté repoussante. L'excès de liberté serait à l'origine d'un laisser-aller moral.
- Ceux qui adoptent une propreté extrême. L'excès de zèle ou l'excès de rigueur entraînerait le fanatisme, le culte excessif de l'ordre, le mépris des êtres perçus comme "sales".