2 janv. 2005

Nouvel An, Tartufferies et Tsunami

Example

Pour les fêtes de fin d'année, je suis rentré à Casablanca une petite semaine. J'y suis tombé sur les infos suivantes en parcourant la presse : On s'en souvient, dans un article publié par le quotidien Attajdid du 15 juin 2004, Ahmed Raissouni, figure de proue de l’islamisme marocain, mettait sur un pied d’égalité la drogue, la pédophilie, l'homosexualité et les festivals de musique ! Musiques Sacrées de Fès, Tanjazz à Tanger, Gnaoua à Essaouira et d’autres festivals encore, aucun n’avait échappé à sa bigoterie.

Après une certaine accalmie, l’offensive moralisatrice de ce quotidien proche du PJD reprend de plus belle : le 15 décembre, son journal publiait un communiqué au sujet de la célébration du Nouvel an. On peut y lire: «Les oulémas sont unanimes pour déclarer illicite cette célébration et ces coutumes étrangères, considérées comme une imitation aveugle, et représentant une aliénation religieuse, culturelle et civilisationnelle».

Enfin, pour terminer l’année en beauté, Attajdid, sans doute inspiré par la presse orthodoxe grecque, a cru bon de titrer à la une de son édition du jeudi 30 décembre : «Tremblement de terre et des vagues hautes comme des montagnes en Asie : c’est la volonté divine et non point la colère de la nature [...] la colère de Dieu s’abat sur les déviants sexuels». Et ce n'est pas un cas isolé.

Si je vous cite ces quelques exemples, c'est parce que dans un post précédent, j'avançais que - pour peu qu'ils se délestent de leurs éléments radicaux - les partis islamistes légalistes (comme les PJDs marocains et turcs, la frange progressiste du clergé iranien, certaines composantes des Frères Musulmans égyptiens ou le parti du Dr Mahathir en Malaisie) ont vocation à devenir au monde musulman ce que les démocraties chrétiennes (allemandes et italiennes notamment) ont été à l'Europe occidentale. Ces flagrants délits de sectarisme et de bêtise unilatérale discréditent ceux qui les commettent, mais pas forcément l'analogie précédente.

Je m'explique : Raissouni parle islamiste comme Mitterrand parlait socialiste au Congrès d'Epinay de 1971. Ces accès de populisme sont tout au plus symptomatiques et leurs auteurs savent bien que la Constitution même leur interdirai de mettre en oeuvre leurs idées. Le noeud de l'affaire, c'est que ces gens-là sont légalistes par nécessité plutôt que par conviction. Mitterrand ne s'est-il pas brusquement assagit en 1983 ? Espérons que "l'application littérale de la Charia" connaîtra le même destin que "la rupture avec le système capitaliste"...

En attendant, meilleurs voeux pour 2005 ;-)

0 commentaires: